Emploi

Licenciement pour inaptitude et indemnités : le doublement n’est pas automatique pour tous

Élise Laforest-Dumont 6 min de lecture
Licenciement pour inaptitude et indemnités : calcul des indemnités, doublement non automatique

Publié par : — Rédactrice spécialisée en emploi

Un licenciement pour inaptitude ouvre droit à une indemnité, mais son montant dépend d’abord d’une question : l’inaptitude vient-elle du travail ou non ? Dans le premier cas, l’indemnité légale est doublée et une somme équivalente au préavis est versée. Dans le second, le calcul reste celui du licenciement classique, sans préavis payé en principe. Voici comment s’y retrouver et vérifier son propre calcul.

Inaptitude professionnelle ou non : deux régimes, des montants très différents

Ce qui change selon l’origine de l’inaptitude

C’est le médecin du travail qui constate l’inaptitude. L’origine est dite professionnelle lorsqu’elle résulte d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle, et non professionnelle lorsqu’elle découle d’une maladie ou d’un accident de la vie courante. Cette distinction commande l’ancienneté exigée, le montant de l’indemnité et le sort du préavis.

Calculez votre indemnité de licenciement pour inaptitude

Renseignez votre situation : le calcul se met à jour pour appliquer la formule légale du Code du travail.

Origine de l’inaptitude
Ancienneté et préavis

En cas d’origine non professionnelle, le préavis non exécuté s’ajoute à l’ancienneté. En cas d’origine professionnelle, il donne lieu à une indemnité distincte.

Salaire de référence

La valeur la plus favorable au salarié est retenue automatiquement.

Avertissement : estimation indicative pour un CDI à temps plein, hors convention collective plus favorable, hors parcours mêlant temps plein et temps partiel, et hors CDD. Elle ne remplace pas l’avis d’un professionnel du droit.

Tableau de synthèse

Point de comparaisonInaptitude non professionnelleInaptitude professionnelle
Ancienneté minimale8 moisAucune condition indiquée
Indemnité de licenciementIndemnité légale (ou conventionnelle si plus favorable)Indemnité spéciale, égale au double de l’indemnité légale
PréavisNon exécuté, non payé en principeIndemnité d’un montant égal au préavis
Préavis et anciennetéPris en compte dans l’anciennetéCalcul selon les règles applicables à l’indemnité spéciale
Congés payés non prisIndemnité compensatriceIndemnité compensatrice

Une convention collective peut prévoir des montants plus favorables que le minimum légal. Il faut donc toujours la vérifier, par exemple en la recherchant avec le nom de l’entreprise ou son numéro SIRET.

Calculer l’indemnité de licenciement pas à pas

Le salaire de référence

Le salaire de référence est le salaire brut retenu pour le calcul. On compare la moyenne des 12 derniers mois et celle des 3 derniers mois, et on retient la solution la plus favorable au salarié. Une erreur à ce stade se répercute sur toute la suite : mieux vaut vérifier les bulletins de paie avant de se fier à un chiffre annoncé.

La formule légale par tranches d’ancienneté

L’indemnité légale se calcule ainsi : 1/4 de mois de salaire par année d’ancienneté pour les 10 premières années, puis 1/3 de mois de salaire par année à partir de la 11e. En cas d’inaptitude professionnelle, le résultat est doublé.

Des exemples chiffrés

  • 9 ans d’ancienneté, 2 000 euros bruts mensuels : 4 500 euros d’indemnité légale, soit 9 000 euros d’indemnité spéciale si l’inaptitude est professionnelle.
  • 11 ans d’ancienneté, 1 800 euros mensuels : 5 100 euros d’indemnité légale.
  • 12 ans d’ancienneté, 2 500 euros bruts mensuels : 7 916,67 euros d’indemnité légale, soit 15 833,33 euros d’indemnité spéciale.

Autre cas utile : un salarié de 8 ans et 3 mois d’ancienneté, avec un préavis de 2 mois, voit retenir 8 ans et 5 mois dans le cas non professionnel, puisque le préavis non exécuté compte dans l’ancienneté.

Préavis, congés payés et autres sommes à vérifier

Le préavis : payé ou non ?

L’inaptitude empêche en général d’exécuter le préavis. En cas d’origine non professionnelle, aucune indemnité de préavis n’est due en principe. En cas d’origine professionnelle, le salarié reçoit une indemnité d’un montant égal à ce préavis, ce qui s’ajoute à l’indemnité spéciale.

Congés payés et documents de fin de contrat

Les congés payés acquis et non pris donnent lieu à une indemnité compensatrice, quelle que soit l’origine de l’inaptitude. Elle figure sur le solde de tout compte, qui doit être remis avec le certificat de travail et l’attestation destinée à l’assurance chômage. Ces documents sont votre meilleur outil de vérification : comparez-y l’ancienneté retenue, le salaire de référence et chaque ligne d’indemnité.

Pensez à la manière dont on contrôle un mur : on ne regarde pas l’enduit, on compte les briques. Une indemnité se vérifie de la même façon, en reconstituant chaque élément de base (date d’entrée, durée du préavis, moyenne salariale, tranche de calcul) avant d’additionner. Si une seule brique est fausse, par exemple un préavis oublié dans l’ancienneté, tout le total s’en ressent.

CDD, temps partiel et limites du simulateur

Le CDD obéit à des règles spécifiques : la rupture anticipée pour inaptitude a son propre régime, et la prime de précarité, mentionnée à 10 % de la rémunération totale brute, peut s’appliquer sous conditions. Le simulateur officiel du Code du travail concerne un CDI à temps plein. Les parcours alternant temps plein et temps partiel ne sont pas pris en compte : dans ce cas, un calcul manuel ou un avis juridique est préférable.

Le simulateur reste utile pour obtenir une première estimation. Préparez la date d’entrée, la date de notification du licenciement, la durée du préavis et les derniers salaires bruts.

Reclassement, recours et chômage

Quand le licenciement peut être contesté

L’employeur doit rechercher un reclassement, consulter le CSE sur les postes proposés et justifier de l’impossibilité de reclasser, ou du refus du salarié. À défaut, le licenciement peut être contesté devant le conseil de prud’hommes, avec un risque de requalification en licenciement sans cause réelle et sérieuse. L’avis d’inaptitude lui-même peut aussi être contesté.

Droits au chômage

Un licenciement pour inaptitude peut ouvrir droit à l’ARE, sous réserve des règles habituelles. Un délai d’attente de 7 jours s’applique, et les indemnités supra-légales peuvent entraîner un différé d’indemnisation. Faites-vous confirmer votre situation par France Travail à partir de l’attestation reçue.

En cas de doute sur un montant ou sur la régularité de la procédure, un avocat ou un conseiller juridique peut examiner votre dossier avant toute démarche.

Élise Laforest-Dumont
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